cannabis et maladies mentales
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DROGUE. EN FRANCE, ILS SONT 1,2 MILLION À FUMER RÉGULIÈREMENT DES JOINTS. L’OBSERVATOIRE FRANÇAIS DES DROGUES ET TOXICOMANIES ALERTE SUR CE PRODUIT ILLICITE DE PLUS EN PLUS CULTIVÉ À LA MAISON.
Les pièges du cannabis
Cachée dans la haie du jardin ou nichée dans une penderie aménagée en serre, la culture du cannabis fait maison est la tendance qui se développe depuis une dizaine d’années. Les cannabilculteurs seraient environ 200 000 selon l’observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) qui vient de publier une synthèse sur le produit illicite le plus consommé en France.
Ni revendeurs, ni trafiquants les cannabiculteurs sont de bons pères de famille et des jeunes soucieux de ne pas exploser leur compte en banque et de ne pas tomber dans les filets des filières. Ils se procurent des lampes à sodium à l’étranger pour les cultures « indoor » par l’intermédiaire d’internet ou dans certains rayons jardinage. L’autoculture n’est pas étrangère à la baisse des cours du cannabis. Exemple : le gramme d’herbe qui s’élève à un peu plus de 5 € a été divisé en deux en 10 ans.
C’EST MOI QUI L’AI FAIT…
En dehors du côté art créatif, style « c’est moi qui l’ai fait », le cannabis est toujours un produit illicite consommé occasionnellement par 12, 4 millions de pré-ados, ados et adultes en France. 1,2 million sont des consommateurs réguliers. C’est ce qui ressort d’une récente étude de l’observatoire français des drogues et des toxicomanies.
Dans ce pavé de quelque 200 pages, intitulé « Cannabis, données essentielles » consultable sur www.ofdt.fr, à la démarche à la fois scientifique et pédagogique, l’ODFT, créé en 1993, répond à différentes questions sur cette drogue notamment sur l’économie du cannabis et sur les dangers que sa consommation régulière représente.
Les observateurs notent que la consommation importante qui s’est installée il y a une dizaine d’années, s’est stabilisée.
CANCER, ACCIDENTS, SCHIZOPHRÉNIE
Banalisé, le cannabis peut être le pire des pièges pour les jeunes consommateurs. La plupart ont pris pour habitude de fumer le premier joint le matin au réveil avant de se rendre en classe. Ceux-là recherchent autre chose que le pouvoir euphorisant du pétard festif fumé occasionnellement.
Chez ces sujets, l’addiction fait l’effet d’une bombe sur la santé lorsqu’elle est associée au tabac et à l’alcool. Cancer, accidents de la route, altération du cerveau sont les risques engendrés par la consommation quotidienne de cannabis.
Sa consommation augmente, selon le rapport les risques de devenir schizophrène. Dans les années 90, les cas constatés chez les 15-19 ans ont été multipliés par trois et ceux chez les 20-24 ans par deux.
EXCUSES
De son côté la revue médicale britannique « The Lancet » revient sur une affirmation publiée dans un éditorial en 1995 : « Fumer du cannabis, même à long terme n’est pas nuisible à la santé ». « TheLancet » fait état de plusieurs études démontrant que la consommation régulière du cannabis augmenterait de plus de 40 % les risques de développer plus tard dans la vie une maladie mentale.
Toujours en Grande-Bretagne, le quotidien « The Independant » qui, il y a 10 ans militait pour la dépénalisation du cannabis, a présenté ces jours-ci ses excuses à ses lecteurs et reconnu les effets dévastateurs du cannabis sur la santé.
En France le cannabis est devenu le premier produit stupéfiant objet de trafic, loin devant l’héroïne.
Martine Cabanne
PAROLE D’EXPERT
« Chercher ce qui a dérapé chez les jeunes »
Spécialiste de la toxicomanie et des addictions en général à l’hôpital Joseph Ducuing de Toulouse, le docteur Daniel Garipuy dénonce la banalisation du cannabis.
Dans l’étude de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, on s’aperçoit que le cannabis est consommé dès l’âge de 12 ans ?
Ce n’est pas nouveau, ce qui est nouveau c’est la façon dont s’est « médiatisée socialement» la consommation du cannabis au point qu’il devient un danger pour certains ados.
Le danger vient de quoi ?
Du rapport aux jeunes avec le produit. Ils deviennent dépendants sans ‘en rendre compte et la dépendance est aussi bien physique que psychique. Le danger est décuplé par le cocktail cannabis-alcool.
Quels sont les risques pour la santé de la consommation régulière de cannabis ?
Le plus grand risque, c’est le cancer du poumon. Il faut savoir qu’un pétard, est l’équivalent de deux ou trois cigarettes. Et l’on se rend compte en consultation que ceux qui fument cinq à six pétards par jours n’ont pas l’impression d’être de gros fumeurs.
D’autres conséquences liées à l’usage intensif du pétard ?
L’accident de la circulation. Le fumeur n’a plus de réflexes et peut provoquer des drames de la route. Et puis il y a des jeunes qui peuvent développer des symptômes de pathologies psychiques.
L’addiction se soigne comment ?
C’est une prise en charge globale. Plutôt que de se focaliser sur le cannabis, on recherche ce qui a dérapé chez les ados.
Les ados viennent seuls ou accompagnés de leurs parents ?
À Joseph-Ducuing, la consultation cannabis est ouverte à tous sans rendez-vous. On reçoit soit des parents venus avec leur enfant parce qu’ils ont pris conscience qu’il y avait un problème. Mais les ados viennent aussi tout seuls, lorsqu’ils se rendent compte que fumer systématiquement un pétard avant de se rendre en classe est l’expression d’un très gros malaise.
Propos recueillis par Martine Cabanne
LE DICTIONNAIRE DU CANNABIS.
Tout savoir sur l’herbe, la « beuh », la « bombe A »
Voici quelques termes se rapportant au cannabis, plante millénaire dont les premiers témoignages d’une utilisation médicinale, retrouvés en Chine, datent d’environ 5.000 ans avant notre ère.
- Autoculture : culture du cannabis par un particulier en plein air ou à l’intérieur (« en placard »).
- Barrette : unité de deux ou trois grammes de cannabis
- Bang (chanvre en hindi) : désignait initialement une boisson enivrante à base de lait et de cannabis. En France, ce terme désigne aujourd’hui une pipe à eau.
- Beuh : herbe en verlan
- « Bombe A » ou « Spoutnik » : qualité supérieure de cannabis
- Coffee-shop : au Pays-Bas, débit de boissons où l’on peut acheter et consommer légalement du cannabis.
- Flash-Back : phénomène de reviviscence involontaire et imprévisible.
- Go-fast : mode d’acheminement du cannabis, en particulier depuis l’Espagne vers la France, via un convoi de trois à cinq véhicules très puissants.
- Haschisch, H, Shit ou teuchi : préparation à base de résine de cannabis, issue des glandes sécrétrices des fleurs et des feuilles des plants femelles, obtenue par tamisage manuel ou mécanique.
- Huile : liquide, obtenu à partir de l’herbe ou du haschish par extraction de la résine par de l’alcool à 90. Réputée particulièrement riche en THC, son usage est peu répandu en Europe.
- Ivresse cannabique : euphorie modérée, sentiment de bien être, suivis d’une somnolence, mais aussi d’un affaiblissement de la mémoire à court terme et des troubles de l’attention.
- Joint, Stick, Spliff ou Bedo : cigarette de résine ou d’herbe de cannabis souvent mélangée à du tabac en France.
- Marijuana : substance à usage psychoactif tirée des fleurs de la plante (drogue à distinguer du chanvre fibreux utilisé dans le textile), séchées et hachées pour être fumées.
- Narguilé ou Chicha : pipe orientale s’utilisant en France pour fumer du tabac mais également du cannabis.
- Space-Cake : gâteau composé de cannabis.
- « Tchernobyl » : qualité inférieure de cannabis.



